Shaolin Chuan Club Val d'Yvette
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Si une conversion au bouddhisme n'est pas requise pour progresser dans la voie des arts martiaux chinois, une connaissance minimale peut s'avérer précieuse pour mieux comprendre la culture dans laquelle baignent les arts martiaux de Shaolin. Le temple abrite en effet des moines pratiquant le bouddhisme chan (zen en japonais) depuis plusieurs siècles.

1 Le bouddhisme, religion ou sagesse ?

A ses débuts, le bouddhisme est davantage une sagesse, proposant une voie de libération pour tous (et non réservée à une caste). Mais au fil des siècles, il a pris la forme d'une religion avec ses textes canoniques, ses conciles, et ses multiples écoles. En particulier, le bouddha historique, Gautama, n'a jamais prétendu à une origine divine, ni même qu'il tenait ses enseignements des dieux.

2 Gautama, le bouddha historique

Siddhārtha Gautama naquit au Népal et s'éteignit vers -400. Prince d'un clan, il quitta son palais pour devenir ascète, puis découvrit « la voie du milieu », connut l'éveil, et passa le reste de sa vie à enseigner sa découverte. Celle-ci se résume en « quatre nobles vérités », constituant une loi (dharma) :
  1. la vérité de la souffrance ;
  2. la vérité de l'origine de la souffrance ;
  3. la vérité de la cessation de la souffrance ;
  4. la vérité du chemin qui conduit à la cessation de la souffrance.
Ainsi, le bouddha constate d'abord l'ubiquité de la souffrance, de l'insatisfaction, de la non-permanence des choses. Celles-ci proviennent de notre soif, de nos désirs, de nos passions, de l'attachement à l’ego. Il convient d'y mettre fin grâce à une pratique spécifique. Celle-ci implique d'abord deux éléments : une conduite éthique et une discipline mentale. En revanche, des rituels tels que les ablutions, censés purifier, sont jugés vains. Le but de cette pratique est en fait de briser le cycle des transmigrations (saṃsāra) par l'arrêt de tous désirs, ce qui procure une délivrance (nirvāṇa). Pour atteindre cet état, il n'est pas utile de répondre à des questions ontologiques sur l'origine ou l'étendue de l'univers, ou encore sur ce qui advient après la mort. Le bouddha s'y refuse ; il se concentre sur la suppression de la souffrance, tel un thérapeute.
 

3 Tour d'horizon des différents courants

Notons d'abord que la loi bouddhique ne fut fixée par écrit qu'au premier siècle de notre ère, au Sri Lanka, sous la forme d'une « triple corbeille » (tripiṭaka) : elle contient les règles monastiques, les sermons et les dialogues du bouddha, ainsi que divers aspects philosophiques et psychologiques.

Deux groupes principaux coexistent aujourd'hui dans le monde bouddhique : le theravāda (« voie/opinion des anciens ») et le mahāyāna (« grand véhicule »), qui inclut le vajrayāna (« véhicule du diamant ou de la foudre »). Le theravāda est pratiqué au Sri Lanka, en Birmanie, en Thaïlande, au Laos, au Cambodge. Celui du « grand véhicule » se retrouve au Vietnam, en Chine, en Corée du sud, au Japon. Enfin, le vajrayāna ou bouddhisme tantrique est présent au Tibet, en Mongolie, au Népal, et au Bhoutan.

Le bouddhisme du « grand véhicule » comprend un corpus plus large que la « triple corbeille ». On peut par exemple citer les sūtra du cœur, du diamant, et surtout du lotus. Ces textes évoquent le culte des bodhisattva, êtres sur la voie de l'éveil demeurant dans le monde terrestre. Le penseur indien Nāgārjuna, né vers la fin du Ier siècle dans le sud de l'Inde, le marqua de son influence.

4 L'expansion vers la Chine

C'est donc le bouddhisme du « grand véhicule » qui s'est propagé vers la Chine. Les premières communautés bouddhiques apparaissent dès le début de notre ère avec les marchands empruntant la route de la soie. Mais, considéré au départ comme une religion étrangère, son essor réel  ne commence qu'au IIIe siècle. Pour faciliter sa diffusion, les premières traductions des textes canoniques en chinois empruntent des termes taoïstes tels que dào (la voie) ou wúwéi (le non-agir). Des traductions plus fidèles apparaissent aux IVe, Ve, et VIe siècles.

L'histoire du bouddhisme en Chine sera marquée par l'hostilité des confucianistes et plusieurs vagues de persécutions. Parmi les écoles chinoises les plus importantes, on peut citer le chan et celle de la « terre pure », qui voue une adoration au bouddha Amitābha (Ēmítuófó en pinyin).

5 Le bouddhisme chan

Le mot chan est tiré du sanskrit et signifie méditation ou recueillement parfait. Selon la tradition, c'est au cours du Ve siècle de notre ère que ce courant aurait été introduit en Chine par un brahmane nommé Bodhidharma, figure historique auréolée de légendes datant de la fin du VIIe siècle. C'est en vérité à cette époque que le monastère de Shaolin devint un centre important du bouddhisme chan. Par ailleurs, et contrairement à une idée répandue, aucune source historique ne mentionne que Bodhidharma s'adonnait à une quelconque pratique martiale.

La pratique du chan s’appuie davantage sur la méditation que sur l'étude des textes canoniques du bouddhisme. En général, assis en tailleur dans la position dite du lotus, le pratiquant porte dans un premier temps une attention au souffle. Avec l'expérience, il cherche à atteindre des états supérieurs de conscience, de vigilance. Dans ce but, il convient de suivre à distance les pensées vagabondes jusqu'à ce qu'elles s'évanouissent. Dans certaines écoles, la méditation peut utiliser des techniques de visualisation (au Tibet) ou des récitations de formules rituelles (les mantra). Dans tous les cas, une initiation par un maître est requise.